GP de Barcelone 2026 : La chronique d’un poireau (Episode 3) …

PatDjango
By PatDjango 17 Min Read

By Neuf3 envoyé Specieul JustBiker on fire

Si vous avez raté les Episodes 1 et 2, les replays :
https://justbiker.eu/gp-de-barcelone-2026-jy-suis-talle-et-reviendu-ou-la-chronique-dun-poireau-episode-1/
https://justbiker.eu/gp-de-barcelone-2026-jy-suis-talle-et-reviendu-ou-la-chronique-dun-poireau-episode-2/

Dimanche 17 Mai :

7h15, je me lève après m’être accordé une grasse matinée bien méritée après une nuit quelque peu perturbée.
Les coups de soleil m’ont fait croire que je dormais avec une famille de hérissons ou que le coton des draps avait été remplacé par du papier de verre P40. 😩
Je m’octroie un bon petit-déjeuner et en profite pour préparer un sandwich « des familles » que je glisse dans mon sac, sous l’oeil réprobateur du serveur en salle.

J’arrive à la moto, et là… Stupeur ! J’ai la bulle complètement « fumée » par… par …
je ne sais pas quoi …
Y a t’il eu un mariage chez les pigeons hier soir, qui s’est mal terminé pour un invité ?
Se pourrait-il qu’il y ait l’équivalent du B52 dans la « Pidgeon Air Force », qui m’aurait pris pour cible ?
Je suis VERT ! Maigre consolation, avec mon « bronzage » d’hier, je suis aux couleurs de Johann du coup …
Le temps de nettoyer tout ça, et je me retrouve à la bourre sur mon timing.
And so what … ? GAAZZZ !

Le parking est à moitié rempli.
A peine descendu de la moto, un maladroit trouve le moyen de se vautrer sur l’herbe avec son K1600, juste contre ma roue. Pour un peu, il me mettait au tas moi aussi. 🧐
Je vais pour les aider, surtout à ne pas me renverser mon V-heuReux-Feu, mais ils m’envoient aux pelotes… Ben démerdez-vous alors !
3 jours en immersion et je deviens aussi convivial que ces gugusses Espagnols (vivials, vivials… pas si sûr 🤔)
Mais je ne vais pas les laisser me gâcher une journée qui s’annonce grandiose.

Place au grand classique : la queue à l’entrée, fouille du sac, marée humaine qu’il faut remonter ou fendre (non, mais moi c’est par là que je vais) et me revoici à MA place.
Sono toujours débranchée (ah, le brave petit), le Warm-Up vient de se terminer (maudit pigeon!). Tant pis, je vais me rabattre sur la « bétaillère » de pilotes …
Dans le Stadium, elle s’arrête face à la tribune « Alex » , où Alex et Pedro je crois envoient des machins dans les gradins. Je suis déçu qu’ils ne fassent pas une autre halte devant nous, mais bon on est chez eux je me contente des signes des pilotes.

Je regarde tout autour en attendant la mise en grille des Moto3. Les tribunes n’ont pas encore fait le plein, mais s’en rapprochent, la mienne est blindée ; normal, que des connaisseurs, des passionnés, ou presque…
Une bimbo à la « cinquantaine honteuse » passe et repasse sur le palier : 
« Oh, chéri, tu vas rire, on s’est trompé de gradins !  Maizoù ai-je la têta ? »
Elle me fait immédiatement penser à Sandy TROFORT dans la parodie de Pretty Women par José GARCIA et Antoine DE CAUNES à « Nulle Part Ailleurs ». 😁
Il est vrai que le dimanche, le public est plus « divers », et que ce week-end c’est le spot idéal pour se montrer.
Les Moto3 se mettent en place, la « belle » va s’assoir avec son acolyte.

Tour de chauffe, départ et la course commence.
Toujours spectaculaires, ils arrivent à entrer dans le T10 jusqu’à 4 de front au bout de 2 ou 3 passages, sortir à 3 pour que, finalement, le plus « costaud » s’impose dans le T12…
Il me semble toutefois que les pilotes d’aujourd’hui sont moins « têtes brulées » que les « furieux » d’il y a 10-12 ans. Faut dire qu’il y a eu de la casse ces dernières années : Jason, Noah…  Forcément, ça calme.

J’essaie de suivre Maximo QUILES, qui navigue vers la 8 ou 9 ème place, lorsqu’à 10 tours de la fin, il enclenche la surmultipliée et entame sa remontée. C’est magnifique à voir. C’est propre et plein d’autorité en même temps.
Fin de la course et il fait son tour d’honneur sous les acclamations de son public.
C’est au tour des Moto2 d’aller se positionner en pré-grille, et je remarque soudain un détail :

Vous vous souvenez, sans doute, des critiques émises sur la gomme déposée par le Moto3 et Moto2 avec les Dunlop.
Là avec les Pirelli la zone plus claire en partie repérée par le rectangle correspond aux trajectoires des Moto3 pendant la course. Elles ont nettoyé la piste !

Ah, la course Moto2 s’annonce…
J’ai pour consigne de suivre si possible, Barry BALTUS, compatriote d’un copain Liégeois qui s’est trouvé « chocolat » pour venir ici. J’ai de la chance, c’est le seul à avoir un casque vert.
Et puis parce que j’aime bien ce (très bon) pilote et son parcours courageux et assez atypique, je m’efforce aussi de reconnaître Manuel GONZALEZ de son co-équipier Senna AGIUS parmi la horde de sauvages.
Pendant les premiers tours, Manuel, calé en 6 ou 7, laisse les Vietti et autres prétendants guerroyer, attendant l’heure de passer à l’action.
Barry en milieu de peloton continue de me surprendre par sa façon de s’engager parfois dans le T14 :
Alors que quasiment tous arrondissent, voire passe du T13 au T14 sur l’angle en permanence, lui, comme s’il voulait ménager ses pneus redresse très tôt à la sortie du T13, entre droit dans le T14 et dans le premier 1/4 du T14, jette sa moto pour l’inscrire dans le virage.
Je trouve ça superbe, coui….llu, même si j’ai un doute sur l’efficacité de la manoeuvre.

Puis comme avec les Moto3, à 10 tours du drapeau à damier Manu se retrousse les manches et se met à avaler 1 à 1 ses concurrents dont les pneus et les ressources ont été mis à mal par leurs « chicanages ».
J’ai un peu l’impression de revoir Johann en Moto2 dans la stratégie de course. Dommage qu’il n’ait su/pu faire de même, par la suite, en MotoGP… Mais c’est une autre histoire.
Tour d’honneur, acclamations, patin-couffin, Pause.

Sur la piste libérée comme hier midi, 2 Ducati électriques biplaces embarquent des passagers pour 1 tour à sensations.
Il y en a 1 ou 2 qui semblent regretter d’être venus ! À leur place, je crois que je ne serais pas loin de penser comme eux…
Afin de rompre mon isolement, je décide de faire une virée hors de mon enclos.
Ça grouille de tous cotés :
Les buvettes et food-trucks sont pris d’assaut: on se croirait au service des cartes grises d’antan ! 😵
Les stands de merchandising ont mis des ventilos sur leurs terminaux de carte bleue pour leur éviter la surchauffe.
Une « batucada » vient contrer l’arrivée intempestive d’un silence relatif, pendant que l’espace  MONSTER continue de fabriquer des troupeaux de sourdingues. Si vous avez du blé à investir, mettez-le dans les prothèses auditives ! Rendement stratosphérique à 10 ans garanti.
On a beau être à midi, j’en ai soupé de ce barnum; je retourne sur mon perchoir.

Et voici que les motoGP entrent en lice.
Johann, Fabio et Pedro nous gratifient d’un signe au passage, nos cris enthousiastes les accompagnent sans toutefois couvrir leur moteur ; au moins, on aura essayé.
Le Graal est proche, ce pourquoi j’ai bravé la pluie, enduré le froid, la brûlure du soleil, pesté contre la fiente ramière et la connerie humaine, dont je revendique malgré tout une petite part de propriété 🤗

LA COURSE DES MOTOGP !

Warm-up, la rampe de feux s’allume, les compte-tours s’affolent… (Et Boum ! 😜)
Dès l’extinction, les fauves bondissent comme dans une charge de taureaux furibards, c’est à qui passera les premiers virages en tête.
Sur l’écran, je tente de deviner qui est où ; il me semble que Johann est 5 ou 6, talonné par les 2 VR46. Devant lui une partie de mon prono semble vouloir me pourrir mon Classement Général du JubiPro. M’en fous !
Premier passage dans le stadium, Johann passe 4 : déferlement de « Hourra » de nos tribunes.
3ème passage, à l’entrée du T10, Jorge fait les freins à Johann qui décroise et lui fait l’intérieur au 10-11 et prend l’avantage au T12 dans un déferlement d’encouragements.
Il fait une sacré différence dans le sinueux, mais Zarco se prend de ces valises dans les bouts droits… Il ne va pas pouvoir tenir toute la course comme ça, mais il ne renonce pas.

Petit à petit, Alex Marquez se rapproche des 2 premiers aidé par le mano à mano que se livrent Pedro et Raul.
Johann finit par céder à la pression de Diggia. Il devrait pouvoir gérer son avance sur Franco (on n’est pas en Styrie, hein, Morbidou ?) 
Après avoir lutté avec Raul, Pedro doit se colleter avec Alex qui, sur la lancée de la Sprint ne devrait faire qu’une bouchée du requin de Mazzaron. À chaque entrée au T10, je m’attends à voir « Nadia » devant « Pit »…
Houuuu, là, c’est chaud bouillant, c’est maintenant qu’il va le croquer !
A peine apparaissent-ils à la sortie du T9 sur l’écran, que je fixe mon regard sur T10…

Soudain, autour de moi, des cris mêlant stupéfaction, découragement, tristesse.
Au lieu de voir déboucher la KTM ou la DUCATI parme, je vois une VR46 – Diggia je suppose – tirer tout droit dans le bac à gravier… Et à cet instant s’est produit une distorsion du temps.

Arrivé au 2/3 de l’échappatoire, je le vois tomber AU RALENTI !!!
Un nuage de poussière s’élève avant le virage ; une silhouette blanche court s’allonger sur l’herbe…
Noooooonn ! Pas ça, pas un accident… 😧
Drapeau rouge, les « tenues oranges » se précipitent… je suis abasourdi. Je regarde l’écran… Oh, P…AIN …!
Abolition des distances, j’ai l’impression d’être le nez contre l’écran, assis sur le dosseret de Pedro au moment où Alex arrive comme une fusée et le percute avant d’avoir pu l’éviter.

Séquence suivante, dans l’axe de la piste: L’HORREUR ABSOLUE !
2 masses sombres tournoient et rebondissent à droite de la KTM ; pour la plus grosse pas de doute c’est une moto.
Mais l’autre ressemble à un pantin désarticulé catapulté dans les airs.
Et à cet instant « BUFFER OVERFLOW » – « KERNEL PANIC » – l’écran bleu des anciens Windaubes…😱
Je regarde mais ne vois pas, je vois mais ne comprends pas, je comprends mais n’intègre pas…
Mon portable vibre. Hébété, comme un automate je regarde un SMS qui me demande si j’ai vu l’accident et si c’est grave, c’est mon copain Liégeois.
– Oui, mais j’en sais rien, on n’a aucune infos ici. Mais c’est certainement grave vu le monde attroupé autour.
S’en suit un échange presque lunaire :
– à la télé, ils disent qu’il est conscient.
– j’suis pas complotiste mais depuis Simoncelli, ils sont tous toujours conscients. Show must go on, et puis au pays de la corrida, ils n’arrêtent pas le spectacle lorsqu’un toréro se fait encorner… Pour moi ça pue grave.

Une ambulance remonte la piste et va se placer à coté des BM et intervenants ; je compte 3 médics, une bonne dizaine de tenues orange et les officiels font un écran devant le public.
Alex est placé sur une civière puis hissé dans l’ambulance derrière des draps blancs.
L’ambulance se met en route lentement, presque au pas et dans le stadium, nous nous mettons tous à battre des mains à l’unisson, debout comme lors des hommages pour Charlie Hebdo. Respect, soutien, émotion, encouragement tous ces sentiments se mélangent dans une triste fraternité.
J’espère que dans les stands, Nadia au bord des larmes, Julia son père et Gabriella sa compagne entendent, et que notre empathie les aide à surmonter la terreur qu’ils doivent vivre.
– ils disent que ça va repartir pour 12 tours. Zarco et Diggia sont blessés, mais ils repartent aussi.
– ben voyons, la piste est nettoyée et il y a encore de la place à la « clinica »… Youpi !
🤔

Nouveau tour de formation puis de chauffe, je ne suis pas dedans, mes pensées sont ailleurs, quelque part dans une petite pièce du circuit, dans une maison dont j’ignore tout, près de Cervera…
Second départ… Nouveau drapeau rouge. Ils ne sont même pas arrivés au T3 !
-Zarco est tombé et il est blessé . Ça semble très grave
Les infos depuis la Belgique finissent de m’assommer … 😨
C’est bon ? Ils sont satisfaits ? Ils ont compris que ce ne sont pas les jeux du cirque ?
– Ils vont faire un nouveau départ.
Là, c’en est trop. Une rage froide commence à sourdre en moi.
Jusqu’où vont-ils avoir l’indécence d’aller ? 1 mort, 2 ? Ah ouais, 2, c’est mieux…
ENC…S ! 🤬

Qu’est-ce-que je fais ? Je me casse pour ne pas cautionner cette boucherie ?
Je reste pour soutenir et par respect pour les pilotes qui vont rejouer avec leur santé ? Ou parce que j’ai payé et j’ai droit ?
Je décide de rester pour la première raison, me décernant un 5/20 d’humanité, mais la tête, la conscience n’y est plus.
DI GIANNANTONIO a gagné. Bravo à lui. ACOSTA est le cocu de l’histoire. Courage
Pitoyable … Je décide de prendre le chemin des cancres pour rejoindre l’hotel.
60 bornes supplémentaires ne seront pas de trop pour me changer les idées.
De retour dans ma chambre, dans le calme et la solitude, mes pensées se bousculent.
Elles vont vers Alex et sa famille, Johann, et un gars qui était sur motorsport, fan de chez fan de Johann et qui en prenait plein la tronche (Didier34 je crois).

Je repense aux images des accidents d’Alex et Johann, qui font remonter des souvenirs douloureux…
Et là, assis au bord du lit, la tête entre les mains, je sens mes yeux déborder …

A suivre l’Episode 4, l’épilogue …

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